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  • Photo du rédacteurPaloma de Boismorel

Et si on en riait?


Brexit ou non, tout le monde aime l’humour britannique. Seulement voilà, c’est comme le Coca-Cola, personne ne sait ce qu‘il y a dedans. Autodérision? Deuxième degré? Jeux de mots? Comme ce genre de conversation s’éternise, que le thé refroidit, que les scones ramollissent, il vaut mieux couper court. L’humour britannique est un homme et il s’appelle Saki.


Hector Hugh Munro alias Saki (1870-1916) est né en Inde d'où il a tiré ce pseudonyme issu de la littérature locale. Elevé dans l’Angleterre edwardienne entre deux tantes sévères, l’écrivain a fait de sa gaieté un pétard permanent.

Dans les nouvelles bigarrées du Cheval impossible, les feux d’artifice ne manquent pas. Si la vie est absurde, les hommes y sont pour quelque chose. Saki, sans aucune pitié pour ses personnages, qu’il pêche volontiers dans le bocal du grand monde, s’amuse à démontrer que les équations ont trop d’inconnues et que la raison du plus bavard est toujours la meilleure. On y apprend comment accepter une demande en mariage sur un parcours de golf entre le sixième et le septième trou. Comment gérer un cousin kleptomane devant un étalage de petites cuillères en argent. Comment passer Noël en famille enfermé dans une étable. Mieux encore, on y fait la connaissance de l’extravagance en personne, l’inénarrable Réginald. Assis en face d’interlocuteurs inconsistants, ce dandy expansif braque toujours la conversation dans des ornières improbables. A une duchesse, qui écœurée par sa conduite, lui demande quelle règle il lui arrive de respecter dans la vie, Réginald répond qu’il évite seulement de se montrer insolent avec le roi de Suède « un personnage inoffensif à barbe grise que l’on rencontre parfois dans les forêts de sapins ou les fumoirs des hôtels d’Europe ». Pour le reste, ce mondain n’épargne personne et expose son éventail inépuisable de théories personnelles. Il pense que vivre au-delà de trente ans est lamentable et inutile, préfère commencer l’année dans un bain en prenant de mauvaises résolutions et dresse une typologie des tantes en fonction de leurs goûts en matière de cadeaux de Noël.



Bien qu’il excelle dans le bavardage, notre héros s’essaye également à d’autres activités comme la poésie ou la chasse. Pour cette dernière, il est parfois invité mais tire par inadvertance sur les paons de la propriété. Accusation qu’il juge ridicule dans la mesure où il affirme que les oiseaux en question ont l’air bien trop effrayé pour des animaux domestiques. A côté des poèmes qu’il compose pour ses amies duchesses, il rêve de reconnaissance littéraire et se voit « écrire un drame vraiment grand. Personne n’en comprendra le sens profond, ils rentreront tous chez eux vaguement déçus de leur vie et de l’endroit où elle se déroule. Alors ils changeront le papier de tenture et ils oublieront ». Insupportable mais léger, scandaleux mais pacifique, superficiel mais distrayant, Réginald est indispensable dans un salon. A défaut, on le trouve dans les livres de Saki.

Le cheval impossible, Saki, 308 P., éd. Pavillon Poche.


{Extraits} :


« La princesse était toujours prête à défendre le teint d’une amie si ce dernier était vraiment épouvantable »


« Les enfants nous sont envoyés pour décourager nos meilleures intentions »


« On dira ce que l’on voudra du christianisme, mais un système religieux qui a donné la Chartreuse verte ne peut jamais vraiment mourir »


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