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  • Photo du rédacteurPaloma de Boismorel

La vie cachee des romancieres

Les existences des grands écrivains façon Sartre ou Hemingway ont façonné des légendes fascinantes dans l’imagination des lecteurs. Ils ont voyagé, milité politiquement, vécu des histoires d’amour à répétition ou fait la guerre. Mais que dire de la vie des femmes écrivains? Attachées pour beaucoup aux nécessités du foyer et de la maternité, leur quotidien se perd souvent dans les dédales invisibles de la vie domestique. Biographies ennuyeuses et répétitives? Ces trois livres nous prouvent bien au contraire que leurs vies sont l’occasion d’une lutte concrète, passionnante et sans merci contre l’insignifiance.



L’art de la discussion


Après un divorce et une existence à la campagne, une femme revient habiter à Londres en y achetant un appartement délabré qu’elle fait rénover. Alors que ses deux fils

partent provisoirement vivre chez leur père, elle tente de reconstruire sa vie au milieu des difficultés du chantier, de l’hostilité de ses voisins et des menus événements de sa carrière de romancière. Sorte de double de l’auteur, les préoccupations de la narratrice apparaissent en creux au gré de ses rencontres et de ses discussions chez le coiffeur, dans la rue, lors d’un festival littéraire ou d’un rendez-vous galant, avec son

entrepreneur ou une ancienne amie. Autant d’occasions de s’interroger sur les ajustements que la réalité nous impose, sur notre capacité à comprendre ce qui nous arrive, sur le besoin de se raconter et le manque de communication. On retrouve ici avec bonheur la grâce et la lucidité de l’écriture de Rachel Cusk découverte grâce au succès de son roman Arlington Park adapté au cinéma sous le titre de « La Vie domestique » avec Emmanuelle Devos dans le rôle principal.


Transit, Rachel Cusk, 240 P., éd. de l'Olivier


Belle et rebelle


Outre des origines anglo-françaises et la capacité d’écrire des best-sellers, Tatiana de Rosnay s’est certainement trouvé beaucoup de points communs avec Daphné du

Maurier en écrivant sa biographie. L’agilité avec laquelle elle s’est glissée dans les vêtements de la romancière ne nous laisse aucun doute. Et pourtant, il fallait certainement pas mal de doigté pour faire tomber le masque angélique de cette enfant gâtée de la littérature britannique. Malgré son teint de porcelaine, ses yeux myosotis et ses boucles d’or (vive les clichés), la véritable Daphné du Maurier n’avait rien d’une poupée. Fille adulée d’un acteur célèbre, elle fuit les bals londoniens, tombe amoureuse à 18 ans de la directrice d’un pensionnat parisien et se réfugie dans un port de pêche en Cornouailles où elle se passionne pour la voile et commence à écrire des ouvrages sulfureux. Souvent comparée aux très sages sœurs Brontë, Daphné du Maurier aura pourtant vécu une vie presque aussi romanesque que ses romans.


Manderley for ever, Tatiana de Rosnay, 460 P., éd. Albin-Michel et Héloïse d’Ormesson.



L’envers du réel


Dans les années 60, la grande romancière américaine Patricia Highsmith s’est isolée pendant quelques mois dans un petit cottage en Angleterre. C’est sur la base de ce

séjour dans le Suffolk, sans doute guidé par le besoin d’écrire, que démarre ce roman palpitant qui entremêle fiction et réalité, thriller et réflexions littéraires. Angoissée à l’idée d’être espionnée, bloquée par des problèmes d’écriture, obsédée par le souvenir de sa mère, traquée par une journaliste, rongée par l’alcool et terrassée par l’amour d’une femme mariée, Patricia Highsmith (qui ne se promène jamais sans ses escargots de compagnie dans son sac à main) est au bord du gouffre. Mettant en scène les propres thèmes de l’auteure de Monsieur Ripley, cette intrigue bien ficelée explore avec intelligence et élégance les vertiges de la création littéraire.


Sang d’encre, Jill Dawson, 384 P., éd. Denoël.

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