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  • Photo du rédacteurMadeleine Nosworthy

Mais qu'est-ce vraiment que l'amour?

Parlons d’amour. Oui, c’est la Saint Valentin, une fête devenue commerciale et un brin déprimante (comme s’il fallait une journée spéciale pour fêter l’amour), mais profitons-en pour parler d’amour, vraiment. Parce que même si c’est quelque chose que l’on vit tous (amour réciproque ou contrarié, passion du moment ou tendresse d’une vie — mais aussi amour filial, parental, platonique…), c’est un sujet dont on parle peu.



La danseuse soufie Rana Gorgana porte une robe rouge et semble tourner sur elle-même, les bras ouverts sur ses côtés vers le haut
La danseuse soufie Rana Gorgana

On parle peu d'amour par pudeur, sans doute, mais aussi parce que poser des mots sur un sentiment si complexe, c’est prendre des risques. Le risque d’être exposé, le risque de paraître sentimental, démuni, en manque d’affection, fragile, naïf — autant d’états qui sont mal vus dans notre société. Pourtant on sait tous, au plus profond de nous-mêmes, que ce sont ces états qui nous font avancer. Si l’on était toujours forts, vaillants, et sûrs de nous, il n’y aurait plus rien à apprendre. Célébrons l’amour, donc, non pas parce qu’il nous rend plus fort, mais parce que l’état de vulnérabilité dans lequel il nous met parfois rend la vie bien plus intéressante.


L’écrivaine turque Elif Shafak le montre bien. Soufi, mon amour fait parler des personnages aux horizons et aux époques très variés, du soufisme, cette spiritualité musulmane que l’on connaît aujourd’hui surtout par le poète Rumi. Comme tout courant religieux, le soufisme a ses détracteurs et ses partisans, et plusieurs interprétations possibles — et Shafak ne fait aucun prosélytisme. Ce que ce roman a d’unique, c’est qu’il parle vraiment bien d’amour. C’est pourtant bien difficile, quand on connaît les Tolstoï, Shakespeare et Austen de ce monde, de se lancer dans un tel sujet.


Dans ce roman, Shafak raconte deux histoires se déroulant à des époques différentes. Il y a Ella Rubinstein, cette mère de famille de quarante ans, qui pensait que sa vie était parfaite et sous contrôle jusqu’à ce qu’elle se plonge dans un livre sur le soufisme. Shams de Tabriz et Rumi, ces mystiques musulmans dont la rencontre compose la deuxième histoire du roman, vont lui faire découvrir combien sa vie manquait de sens et d’amour. Trop sentimental pour vous? Et pourtant, même la cynique en moi (celle qui n’a jamais célébré la Saint Valentin et qui reste persuadée que chaque geste d’amour est un piège) a été convaincue. D’abord parce que c’est un livre profond : il ne s’agit pas d’une histoire sur la crise de la quarantaine, ni des citations doucereuses de Rumi que l’on nous sert aujourd’hui à tout bout de champ. C’est une réflexion en profondeur sur la place que chacun choisit de donner à l’amour dans son quotidien.


“Comment l’amour serait-il digne de son nom, si on ne choisissait que les bonnes choses et qu’on délaissât les épreuves? Il est aisé d’apprécier le bien et d’être rebuté par le mal. Le vrai défi, c’est d’aimer le bien et le mal ensemble, non parce qu’on a besoin de prendre le rugueux avec le doux, mais parce qu’il nous faut aller au-delà de ce genre de description et accepter l’amour dans sa totalité.”

Ensuite, parce que c’est un livre léger. Aucune tirade lourdingue sur l’amour et comment il nous sauve, aucune description détaillée d’une rencontre romantique mielleuse, aucune leçon de vie. Il y a bien les quarante règles de Shams, qui nous furent transmises

par le poète Jalâl ud Dîn Rûmî, aujourd’hui connu sous le nom de Rumi, et qui composent le cœur des croyances soufistes. Spirituelles et lyriques, ces règles proposent non pas un art de vivre mais un art d’aimer — et une tentative de définition de ce qu’est l’amour, le vrai.


Enfin, c’est un livre qui parle d’amour en restant loin des clichés — ou peut-être en montrant que la vie est justement pleine de clichés. Une femme au foyer qui a la quarantaine et qui s’ennuie, un mari qui trompe sa femme pour palier à l’ennui, leur fille qui veut se marier tout de suite avec l’homme qu’elle aime: voilà des schémas que l’on connaît bien. Comme pour faire défi aux clichés qui rendent nos vies un peu trop ordinaires parfois, Elif Shafak nous donne envie de croire qu’il est possible de faire entrer un peu plus d’amour dans nos quotidiens. Je commence donc par lever mon verre vin à l’amour en cette Saint Valentin 2021!


Soufi, mon amour d’Elif Shafak, éditions 10/18, 480 pages

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