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  • Photo du rédacteurMadeleine Nosworthy

Sous le soleil d'Italie

Après une année sans voyages, quelle est la première destination que vous choisirez? De mon côté, bien que l’idée d’une plage tropicale au sable blanc et à la mer turquoise ne me laisse pas de marbre, je crois que c’est l’Italie qui m’a le plus manqué. Les villes remplies de trésors architecturaux, les piazze remplies de trattoria offrant des mets délicieux, la beauté et la variété des paysages… j’en rêve. Le luxe de vivre en Europe, c’est de pouvoir se retrouver dans des ambiances très différentes en quelques heures de vol seulement. Pour patienter encore un peu avant de pouvoir partir, on l’espère, très bientôt, voici trois œuvres qui vous feront voyager dans le temps, de la Sardaigne à Turin en passant par Naples.



Des pierres dans le corps

Grand-mère est l’héroïne de ce livre, on n’apprendra jamais son prénom. On sait tout des maux qui l’habitent, depuis les cailloux qui se logent dans ses reins jusqu’à sa folie présumée. La narratrice, petite-fille observatrice devenue adulte, assemble les bribes de

son histoire pour mieux connaître cette grand-mère adorée. Les prétendants qui se succèdent dans sa jeunesse, les voisines de Cagliari qui “ne dramatisaient pas comme au village”, le Rescapé rencontré pendant sa cure contre les coliques néphrétiques, sa famille violente et complètement dépassée, le mari qui ne la touche pas, le fils prodigue et virtuose qui ne s’intéresse qu’à la musique, tous laissent un grand vide dans le cœur grand-mère, qui “a pris sur elle tout le désordre” de la famille.


Milena Agus parle de transmission familiale, d’hérédité, et de l’après-guerre, une époque dont les traces survivent bien des années plus tard. D’une écriture étonnamment simple, parfois tellement directe qu’elle se rapproche du langage des enfants, elle rend compte de la complexité des familles et de tout ce qui nous échappe chez les individus que l’on croit connaître.


Mal de pierres, Milena Agus, 128 pages, Éditions Liana Levi.


Les mots de famille


Chaque famille a ses secrets, ses habitudes et aussi ses mots. Les expressions transmises de génération en génération sont souvent le reflet d’un milieu social, mais aussi de toute une vision du monde. Personne mieux que Natalia Ginzburg ne sait rendre compte de combien les mots forment les enfants et définit leur appartenance à une famille, une “tribu.” Son récit commence lorsqu’elle est encore toute petite et

raconte son enfance et son adolescence dans une famille originale, drôle et caractérielle. En racontant les promenades obligatoires en montagne, les visiteurs dont chaque membre de la tribu approuve plus ou moins, les discussions enflammées à table et les jugements lapidaires de son père, Ginzburg nous donne une place privilégiée à l’intérieur de cette famille issue de la bourgeoisie turinoise, navigant l’époque de l’entre-deux guerres.


Ginzburg raconte avec brio un quotidien qui, a priori ni palpitant ni hors de l’ordinaire, est rempli des rebondissements qui remplissent nos vies. Son habileté nous fait aimer le père despotique et grand mangeur de yaourt, démontrant avec subtilité la complexité des relations humaines.


Les mots de la tribu, Natalia Ginzburg, Les Cahiers Rouges, Grasset, 257 pages


Une amitié prodigieuse


La saga familiale et amicale d’Elena Ferrante fait beaucoup parler d’elle depuis la parution de son second volume, Le Nouveau Nom, et pour cause: traduite en 42 langues, Elena Ferrante aurait vendu cinq millions de livres. Si vous ne l’avez pas encore lue, vous allez passer un merveilleux été à la découvrir. L’histoire suit deux amies d’enfance

restées proches jusqu’à leur vieillesse malgré les tours très différents qu’ont pris leurs vies. Implanté dans une Naples de l’après-guerre où la vie est violente, les habitants pauvres, et la tendresse rare, ce récit mêle l’intime et le politique pour examiner combien nos origines sociales nous déterminent.


En décrivant ce monde à hauteur d’enfant au début de la saga, Ferrante implique le lecteur qui, adulte, mesure mieux ce qu’il se passe. Parce qu’elle raconte en détail le destin de deux filles au caractère fort qui font tout pour sortir des conditions dans lesquelles elles ont grandi, Ferrante démontre avec brio l’implacable effet d’un patriarcat brutal et systémique. Une magnifique fresque à mettre dans les mains de tous.


Saga L’Amie prodigieuse, Elena Ferrante, éditions Gallimard

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